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SIDIIEF Secrétariat international des infirmières et infirmiers de l'espace francophone
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Réunir une communauté infirmière : « Ensemble, osons, créons notre avenir »

Infirmières infirmiers

4 décembre 2018 —————————————————————-

Le SIDIIEF célèbrera en 2020 ses vingt ans d’existence. Il est aujourd’hui une organisation reconnue sur la scène internationale. Le magazine français en ligne Actusoins l’a ainsi qualifié d’organisation structurante pour la profession infirmière. Si le SIDIIEF a pu s’engager pleinement dans des actions politiques visant à mettre en valeur la contribution de la compétence infirmière aux grands enjeux de santé, c’est grâce à l’engagement de ses membres qui soutiennent sa mission depuis sa création. À cet égard, il est essentiel de souligner la contribution exceptionnelle de ses membres fondateurs, soit l’Ordre des Infirmières et Infirmiers du Québec et l’Institut et Haute École de la Santé La Source en Suisse, ainsi que l’ensemble des membres promoteurs du SIDIIEF. Ces grandes institutions de notre profession ont accepté d’associer leur nom et leur notoriété afin de créer le réseau infirmier mondial en langue française, le SIDIIEF. Dès 1998, l’OIIQ et l’Institut et Haute École de la Santé La Source ont décidé de mettre en commun leur énergie et leurs ressources pour explorer la faisabilité de la création d’un espace d’échange et de diffusion des savoirs entre les infirmières et les infirmiers de la francophonie. Ils étaient particulièrement préoccupés par le décalage de la formation infirmière entre les francophones et le reste du monde, par les impacts de la mondialisation sur la santé et sur la profession, et par l’importance de créer un réel espace d’échange permettant la diffusion et le partage des expériences et des résultats de recherche en sciences infirmières en français.

Parallèlement et de façon concomitante, des infirmières et des infirmiers de différents pays francophones (au Québec, en Europe, au Liban et dans certains pays d’Afrique francophone), des professeur(e)s, des gestionnaires, des clinicien(ne)s déjà engagé(e)s dans des échanges internationaux ponctuels, exprimaient de plus en plus leur désir d’un tel lieu de partage de leurs savoirs scientifiques et cliniques en français.

Créer une communauté infirmière de langue française relevait de l’utopie, un projet ambitieux, motivé par une nécessité à l’heure de la mondialisation. C’est donc la rencontre de ces réflexions et de ces désirs qui ont mené, sous l’impulsion de Gyslaine Desrosiers, alors présidente de l’OIIQ, à la création du SIDIIEF.

Aujourd’hui, notre réseau permet, à l’ensemble de la communauté infirmière, de réfléchir collectivement aux enjeux de santé et d’offrir des solutions infirmières le plus près possible des besoins des patients et des communautés

POURQUOI LE SIDIIEF A-T-IL SON IMPORTANCE AU SEIN DE NOTRE PROFESSION ?

Le mythe fondateur du SIDIIEF est la création d’une communauté infirmière francophone solidaire, ayant pour mission principale de faciliter le partage des expériences et des savoirs infirmiers en français afin de contribuer au développement de la santé et à l’amélioration de la qualité des soins et services de santé offerts aux populations. Outre la création d’un lieu d’échange et de rencontre, ce choix est aussi celui de donner aux infirmières et aux infirmiers francophones une voix face aux nouveaux enjeux sanitaires, organisationnels et professionnels posés par la mondialisation.

Avec l’expérience, nous avons constaté que la profession infirmière, partout dans le monde, est confrontée aux mêmes enjeux : reconnaissance des compétences, pouvoir d’influence, formation, qualité des soins et sécurité des patients, pour ne nommer que ceux-là. Les causes sont à peu près du même ordre, même si les contextes de pratique diffèrent. C’est pourquoi le SIDIIEF cherche à mutualiser les forces et à mettre au profit de tous, l’intelligence collective de notre discipline pour influer sur l’évolution des systèmes de santé, sur son financement, sur l’organisation et la prestation des soins et sur un meilleur partage des compétences entre professionnels de la santé.

Nous vivons dans un monde globalisé, en constante évolution, qui a entraîné une réorganisation des soins et des services. Tous les systèmes de santé sont à la recherche de nouvelles façons de faire. Les systèmes de santé centrés uniquement sur les hôpitaux et les hautes technologies ne peuvent plus couvrir l’ensemble des besoins : la nécessité de soins à domicile, de soins et services de proximité bousculent les rôles traditionnels et obligent les professionnels à modifier rapidement leurs façons de faire. Devant l’implacable nécessité de répondre aux grands défis liés à la santé dans le monde, notamment la prise en charge de la chronicité, les troubles mentaux, le vieillissement des populations, les maladies transmissibles, les habitudes de vie nuisibles et les inégalités en santé, des services de santé de première ligne doivent s’imbriquer dans un tissu communautaire, où les déterminants sociaux ont une grande importance : ce qui dépasse, de beaucoup, le simple champ d’intérêt de la médecine.

PLUS QUE SOIGNER, IL FAUT CRÉER LA SANTÉ

Nous avons besoin de soins fondés sur les principes de soins de santé primaire, à l’aide d’équipes de collaboration interprofessionnelle dans lesquelles les rôles infirmiers et celui des autres professionnels de la santé sont optimisés selon leur plein champ d’exercice, si nous voulons atteindre de meilleurs résultats pour la santé. Selon un rapport de l’Organisation de coopération et développement économique (OCDE) intitulé : Caring for quality in health – lessons learnt from 15 reviews of health care quality (2017), parmi les meilleures leçons tirées des expériences des pays membres de l’OCDE pour améliorer la qualité des soins et la sécurité des patients, est notée l’évidente nécessité d’élargir les rôles infirmiers, d’assurer une collaboration interprofessionnelle entre médecins et infirmières pour atteindre l’efficacité et l’efficience recherchées par tous les systèmes de santé. Un nombre croissant de preuves soutiennent l’efficacité du partage ou du transfert des rôles traditionnellement assumés par les médecins aux infirmières. Développer le rôle des infirmières et des infirmiers de soins primaires dans la prévention, l’information aux patients et la gestion des maladies chroniques est considéré comme une priorité des politiques de santé dans plusieurs pays de l’OCDE.

Les besoins de santé changeants de la population, l’obligation d’améliorer l’accès aux soins et services de santé, ainsi que la recherche d’efficacité et d’efficience ont largement contribué à l’émergence d’un rôle infirmier de pratique avancée. Ainsi, de plus en plus de pays ont recours à des pratiques avancées en soins infirmiers, dont la valeur a été démontrée scientifiquement [1]. L’efficacité du rôle de praticienne avancée a été démontrée sur la sécurité et la satisfaction des patients, la prévention de ruptures de services, l’amélioration de l’accès à des soins de qualité, la réduction des coûts en écourtant la durée d’hospitalisation et en prévenant les réadmissions [2]. Ce rôle d’expert clinique prend appui sur une analyse approfondie des besoins de santé du patient, de la famille ou de la communauté, et intègre les résultats probants à l’évaluation, à la décision et à l’intervention cliniques. Loin d’être l’exercice d’une médecine à bon marché, la pratique avancée a tout le potentiel requis pour répondre à la complexité des besoins de santé des personnes, des familles et des communautés par le déploiement des meilleures pratiques et le renforcement de la collaboration interprofessionnelle.

LES ENJEUX DE LA FORMATION INFIRMIÈRE

Depuis plus de vingt ans, c’est un plaidoyer unanime qui se dégage à l’échelle mondiale pour le rehaussement au niveau universitaire de la formation infirmière. La licence, ou baccalauréat, devient le niveau d’études minimal pour exercer la profession d’infirmière dans les mondes anglo-saxon, hispanique, asiatique et même dans la francophonie internationale. Déjà, en 2011, dans son mémoire intitulée : La formation universitaire des infirmières et des infirmiers – Une réponse aux défis des systèmes de santé, le SIDIIEF a pris position et a mené un plaidoyer international pour expliquer pourquoi les infirmières et les infirmiers doivent avoir accès à la formation universitaire afin de déployer les compétences essentielles à une véritable transformation des systèmes de santé. Le SIDIIEF défend l’importance d’instaurer un système d’enseignement universitaire couvrant les 1er, 2e et 3e cycles d’études en sciences infirmières comme condition essentielle pour renforcer significativement la qualité des soins et la sécurité des patients, ancrer la formation dans sa propre discipline professionnelle, garantir l’acquisition des connaissances scientifiques et technologiques requises et développer la recherche afin d’assurer les pratiques cliniques innovantes. À cet égard, rappelons que la position du SIDIIEF a été appuyée par plus d’une centaine d’organisations internationales, dont le Conseil international des infirmières (CII) et l’Agence universitaire de la francophonie (AUF), ainsi que des associations infirmières du monde francophone, en signant la Déclaration de Genève à l’occasion de l’assemblée générale du SIDIIEF, tenue à Genève (Suisse), en juin 2012.

Plus que jamais, nous avons besoin d’infirmières et d’infirmiers capables d’assumer un leadership clinique fort, qui gagnent en autonomie et dont le rôle est utilisé au plein potentiel de son champ d’exercice. La profession doit être formée tant à l’exercice du jugement clinique qu’à la mesure de la qualité des soins et de la sécurité des patients. Nous avons besoin d’infirmières et d’infirmiers ayant développé des compétences et des habiletés politiques, des connaissances en économie, en financement des systèmes de santé et en développement de politiques de santé. Nous avons besoin de professionnels de l’entrepreneuriat qui s’intéressent aux développements des nouvelles technologies et à l’intelligence artificielle pour que nos savoirs soient mis au profit des patients. Il y a urgence d’agir pour préparer une génération influente d’infirmières et d’infirmiers, qui ose soigner, s’affirmer, bousculer les conventions établies, s’imposer à tous les niveaux de leur pratique ! Il faut collectivement soutenir la pleine éclosion des talents tant en clinique, qu’aux paliers décisionnels et politiques pour améliorer les systèmes de santé.

ENSEMBLE, NOUS SOMMES CAPABLES D’INFLUENCER NOTRE DESTIN, NOUS NOUS DEVONS CET ENGAGEMENT !

Collectivement, nous représentons une force exceptionnelle au service du mieux-être des populations. Ensemble, nous sommes en mesure de faire valoir la profession infirmière comme l’un des protagonistes influents dans le monde de la santé. Nous devons donc porter la voix des infirmières et des infirmiers, et offrir, sur la scène internationale, un regard éclairé par la discipline infirmière sur les grands enjeux de la santé et des systèmes de soins.

Être en réseau, c’est s’ouvrir à d’autres réalités, c’est apprendre ensemble, c’est partager, c’est oser la critique, c’est s’enrichir les uns les autres.

C’est avec vous que le réseau du SIDIIEF s’est construit et c’est avec vous que nous voulons le propulser dans l’avenir. En cette fin d’année 2018, je ne peux que vous remercier de votre présence et vous inviter à continuer d’appuyer la mission du SIDIIEF.

Hélène SALETTE

Hélène Salette, infirmière, M. Sc. inf. ASC
Secrétaire générale du SIDIIEF

 

[1] SIDIIEF (2018). La pratique infirmière avancée – Vers un consensus au sein de la francophonie, une étude menée par Diane Morin.

[2] OECD (2017). Caring for quality in health – Lessons learnt from 15 reviews of health care quality, 62p.

Les assistants-médicaux : un nouveau métier ou un retour en arrière ?

Infirmières soins

28 septembre 2018 —————————————————————-

Le gouvernement français a annoncé un plan de réorganisation des services de santé dans lequel il introduit un nouveau métier : les techniciens médicaux en structures ambulatoires. Ils sont présentés comme « des professionnels qui aideront nos médecins dans les prochaines années… 15 à 20 % de temps médical pourrait être gagné ».

Cette vision consistant à consolider les services médicaux ambulatoires autour de la prestation médicale soulève des questions. En effet, cette orientation est à contre-courant des grandes tendances internationales. Un système de santé n’existe pas pour les médecins mais pour répondre aux besoins des patients.  Plusieurs rapports d’experts ont déjà affirmé que les systèmes de santé qui réussiront le mieux dans l’avenir s’appuieront sur des équipes interprofessionnelles fortes, compétentes et aptes à s’engager dans un nouveau partage des responsabilités. La qualité des soins et les services adéquats à la population en sont tributaires.

C’est dans cette optique que le 7e congrès mondial du SIDIIEF, tenu à Bordeaux (France) en juin 2018, a mis l’accent sur le déploiement de la pratique infirmière avancée comme réponse aux complexités croissantes des systèmes de santé dans le monde.

Lancée au congrès, la publication récente du SIDIIEF, intitulée La pratique infirmière avancée – vers un consensus au sein de la Francophonie, conclut que l’efficacité et l’efficience de la pratique infirmière avancée peuvent être considérées comme probantes [1].

Si l’introduction d’un nouveau métier à moindre coût paraît séduisante, elle n’est pas une solution valable à plus long terme car elle entretient un morcellement des soins.

Des programmes spécifiques de formation en pratique infirmière avancée viennent de débuter en France. Dans la lignée des tendances internationales, le SIDIIEF applaudit le virage de l’introduction de la pratique infirmière avancée en France. La formation de nouveaux techniciens assistants-médicaux viendra-t-elle affecter la disponibilité des fonds nécessaires pour le déploiement des programmes de formation universitaire (master) des infirmières de pratique avancée ? Quelle importance relative le plan 2022 accordera-t-il à chacun de ces nouveaux métiers ?

On peut comprendre du plan français 2022 que les soins de santé primaire demeureront une chasse-gardée médicale. L’Ordre National Infirmier de France a déjà dénoncé cette vision passéiste qui n’ouvre pas le champ des soins de santé primaire aux infirmières de pratique avancée. Pourtant, il est reconnu que les services de santé de première ligne s’imbriquent dans un tissu communautaire où les déterminants sociaux ont une grande importance et dépassent de beaucoup le champ d’intérêt de la médecine.

À cet égard, dès 2011 [2], le SIDIIEF a démontré l’importance de l’introduction de la pratique infirmière avancée pour mieux répondre aux besoins évolutifs des communautés. Rappelons la vaste étude de l’OCDE [3] sur l’analyse de l’évolution de la pratique infirmière avancée dans douze pays de l’OCDE   (Australie, Belgique, Canada, Chypre, États-Unis, Finlande, France, Irlande, Japon, Pologne, République tchèque, Roumanie) qui a confirmé l’impact positif sur la qualité des soins et le maintien des coûts.

Si le degré d’application des rôles infirmiers avancés est variable, les évaluations effectuées dans les pays qui en ont une plus longue expérience (pays anglo-saxons, Finlande, Japon) démontrent les effets positifs en soins de santé primaire. Un haut taux de satisfaction des patients s’explique par le temps passé avec l’infirmière ou l’infirmier, par la qualité de l’information partagée, par une meilleure compréhension de leur condition de santé ainsi que par une capacité à participer au traitement et à prendre en charge.

Faut-il encore le rappeler, l’efficacité du rôle de l’infirmière praticienne avancée a été démontrée sur la sécurité et la satisfaction des patients, la prévention de ruptures de services, l’amélioration de l’accès à des soins de qualité, ou encore la réduction des coûts en écourtant la durée d’hospitalisation et en prévenant les réadmissions. Ce rôle d’expert clinique prend appui sur une analyse approfondie des besoins de santé du patient, de la famille ou de la communauté, et intègre les résultats probants à l’évaluation, à la décision et à l’intervention cliniques.

L’évolution de la pratique infirmière avancée s’avère donc la meilleure option de réorganisation des services de santé qui requiert toutefois une vision renouvelée des politiques publiques en matière de santé [4].

Loin d’être l’exercice d’une médecine à bon marché, la pratique infirmière avancée a tout le potentiel requis pour répondre à la complexité des besoins de santé des personnes, des familles et des communautés par le déploiement des meilleures pratiques et le renforcement de la collaboration interprofessionnelle [5] [6] [7] [8].

 

Hélène SALETTE

Hélène Salette, infirmière, M. Sc. inf. ASC
Secrétaire générale du SIDIIEF

 

[1] SIDIIEF, 2018. La pratique infirmière avancée – Vers un consensus au sein de la francophonie, une étude réalisée par la professeure Diane Morin, inf., Ph D.

[2] SIDIIEF La formation universitaire des infirmières et infirmiers – Une réponse aux défis des systèmes de santé. 2011

[3] OCDE. (2010). Nurses in advanced roles: A description and evaluation of experiences in 12 developed countries. [www.oecd.org]; 03.08.2010.

[4] DiCenso, A., Bryant-Lukosius, D. (2010). Infirmières cliniciennes spécialisées et infirmières praticiennes au Canada : synthèse d’aide à la décision. Rapport de recherche commandée. Ottawa : Fondation canadienne de la recherche sur les services de santé (FCRSS). [www.chsrf.ca]; 16.08.2010.

[5] LaSala, C.A., Connors, P.M., Pedro, J.T., Phipps, M. (2007). The role of the clinical nurse specialist in promoting EBP and effecting positive patient outcomes. Journal of continuing education nursing, 38(6), nov-dec.

[6] AIIC. (2009). Énoncé de position : L’infirmière clinicienne spécialisée.[www.cna-aiic.ca/cna/]; 21.11.2009.

[7] DiCenso, A., Bryant-Lukosius, D. (2010). Clinical Nurse Specialists and Nurse Practitioners in Canada : a decision support synthesis. Ottawa : Fondation canadienne de la recherche sur les services de santé. [www.chsrf.ca]; 16.08.2010.

[8] Desrosiers, G. (2009). La pratique avancée, un avenir, une nouvelle formation pour les infirmières. Info Nursing., no150, oct. 2009, Bruxelles, Association belge des praticiens de l’art infirmier (acn).