Compte rendu de la Journée d'étude du SIDIIEF, 29 mai 2008, Lille (France)
Par
Frédérique Dehoorne
Cadre de santé
Chargée de mission AFIC, administrateur du SIDIIEF
Des infirmières et infirmiers d’une dizaine de pays francophones dont la Belgique, le Burkina-Faso, le Cameroun, le Gabon, la France, le Liban, la Mauritanie, le Canada (Québec), le Sénégal, la Suisse et la Tunisie, étaient réunis lors de la journée annuelle d’étude du SIDIIEF dans le cadre des Rencontres Lilloises Infirmières en Oncologie tenues le 29 mai 2008 à Lille (France).
Cette journée, consacrée à la cancérologie, a réuni des intervenants de quatre pays : le Canada (Québec), la Belgique, la Suisse et la France. Les professionnels de la santé ont eu l'opportunité de participer à la rencontre intitulée Promotion des modélisations de prise en charge en cancérologie à travers des problématiques sociaux-sanitaires spécifiques à ces quatre pays. Y étaient présents 156 participants. Tous ont exprimé leur intérêt à être témoins de cette rencontre internationale de professionnels issus de différents pays de la Francophonie. L’attention de l’auditoire a été soutenue.
Mme Nicole Beauchesne, chef clinico-administratif du programme Clientèle soins oncologiques du CHU de Sherbrooke, et Mme Liette Compagna, infirmière coordinatrice des services oncologiques et des soins palliatifs du Centre de santé et de services sociaux de Memphrémagog, ont présenté le thème Pour lutter efficacement, faisons équipe du Programme québécois de lutte contre le cancer, et ont précisé le rôle déterminant de l’infirmière–pivot. Mme Nicole Beauchesne nous a éclairés à ce sujet.
L’infirmière-pivot influence l’évolution de la pratique professionnelle, la qualité et le développement des soins et des services en matière de lutte contre le cancer. En effet, elle intervient dès l’annonce diagnostique, puis à toutes les étapes de la maladie cancéreuse, auprès du patient et de sa famille. Elle joue un rôle particulier au quotidien. Intégrée à l’équipe pluridisciplinaire, elle coordonne l’ensemble des services prodigués à la personne atteinte de cancer, et ce, tout au long de la trajectoire de soins. Elle a une fonction d’évaluation, d’enseignement et d'information, et enfin de soutien et de coordination.
Pour compléter cette présentation, et dans le cadre du travail en complémentarité, Mme Liette Compagna a témoigné de la fonction de coordination clinique et administrative en oncologie qui couvre tout le continuum et inclut les soins palliatifs oncologiques et non oncologiques (projet pilote au Centre de santé et de services sociaux de Memphrémagog). De même, elle a souligné les normes et pratiques exemplaires.
Mme Denise Cullus, directrice du Département Infirmier, Institut Jules Bordet, Bruxelles, représentant la Belgique, a exposé Plan Cancer, prise en charge multidisciplinaire du cancer, ainsi que les programmes de soins en oncologie, le livre blanc du cancer et le Plan Cancer publié en 2008 lequel comprend 32 actions (dont prévention et dépistage, soins, traitements, soutien aux patients, recherche, technologies innovantes et évaluation). Les actions qui intéressent directement les soignants sont :
l’action 10 : Soutien infirmier et psychosocial dans le cadre des programmes de soins oncologiques et en fonction du nombre de Concertations Oncologiques Multidisciplinaires ;
l’action 14 : Reconnaissance du titre d’Infirmière en Oncologie.
A ce sujet, Mme Denise Cullus a insisté sur la nécessité de pouvoir disposer d’un personnel hautement qualifié, qui est le reflet de deux phénomènes : la formation de base ressentie comme insuffisante ; l'évolution et la spécialisation des thérapeutiques et des techniques (oncologie, salle d’opération, imagerie), ceci dans une société dont les besoins sont en constante évolution (vieillissement et démographie, soins palliatifs, gériatrie, évaluation et traitement de la douleur, diabétologie).
M. Frédéric Fournier, infirmier de santé publique d’origine suisse, spécialisé en oncologie et soins palliatifs, chargé de cours Haute école de santé (HES), a exposé le programme d’éducation et de soutien destiné aux personnes et aux familles touchées par le cancer. Apprendre à vivre avec le cancer (consultable à l'adresse suivante : www.avac.ch) est un programme européen d’éducation et de soutien proposé depuis 1998, en Suisse, par des infirmières et infirmiers spécialisés. Il est destiné aux personnes atteintes de cancer et à leurs proches, à tout moment de la maladie. Ce programme vise à faciliter la compréhension de la maladie par le patient et ses proches, à les aider à se familiariser avec leurs sentiments et à renforcer leurs moyens de réaction et d’adaptation face aux changements qui y sont liés. Ce programme leur offre de partager leurs expériences. Il réunit entre 10 et 20 personnes par session, pour huit soirées de deux heures animées par des infirmières et infirmiers spécialisés. Les participants ont l’occasion de s’informer, d’échanger leurs expériences et de rencontrer des professionnels de diverses disciplines (oncologues, diététiciennes, prothésistes, assistantes sociales, physiothérapeutes, etc.).
Apprendre à vivre avec le cancer constitue un apport considérable pour les malades, leur famille et les professionnels.
Lors du symposium français Le cancer, un défi pour la région, des soignants pour un défi, le Dr Jean Clavier, président de l'Action pour les malades, Ligue nationale contre le cancer, Paris, a explicité combien d'une part, la connaissance intime tant des forces que des insuffisances de notre système de santé et d'autre part, la voix des malades et de leur famille aux États généraux du cancer ont permis de donner naissance au Plan cancer national qui, depuis lors, se déploie au sein des régions.
Mme Sophie Lesquerbault, coordinateur Réseau Régional Cancérologie Nord Pas-de-Calais, a décrit le travail complexe du réseau régional de cancérologie pour épauler les structures et les professionnels de santé, ainsi que les partenariats pluridisciplinaires. Il est essentiel pour tous les acteurs de santé de répondre à l’offre de soins selon la mesure 40 dudit plan. La mise en œuvre du dispositif d’annonce et des soins de support décrits par Mme Frédérique Dehoorne, cadre de santé Onco-Hématologie, Hôpital St Vincent de Paul, Lille, chargée de mission AFIC et administrateur au sein du SIDIIEF, et par Mme Silvana Sion, coordinatrice des services sociaux du Groupe Hospitalier de l’Institut Catholique de Lille, en sont un exemple concret, de même que la consultation infirmière préopératoire en chirurgie cancéro-cervico-faciale illustrée par Mme Muriel Petitprez, cadre de santé, Centre Régional de Lutte Contre le Cancer Oscar Lambret, Lille, et le Dr Buisset, directeur délégué et Chef du Département d’Information Médicale, Centre Régional de Lutte Contre le Cancer Oscar Lambret, Lille. Ces deux exemples ont mis en exergue les dimensions infirmière et sociale de la prise en charge individualisée du malade.
Cette journée a été un temps fort pour les professionnels. La grande majorité des participants ont témoigné de la richesse des thèmes abordés et des échanges entre professionnels de tous horizons. Pour certains même, le modèle de prise en charge décrit était novateur. À l'issue de la journée, des commentaires écrits ont fait l'éloge de cette rencontre :
- « Profiter des expériences des autres permet d’avancer, de s’ouvrir, de porter un regard neuf sur notre pratique et de nous dynamiser à nouveau » ;
- « partager et discuter de nos pratiques, de nos vécus procure toujours du plaisir » ;
- « rencontrer, connaître de nouveaux collègues de toutes les régions et pays apporte une grande satisfaction » ;
- « A quand la prochaine rencontre ? ».