Reçu de Miguel Lardennois, président de l’Association belge des praticiens de l’art infirmier (ACN), Belgique, association membre du SIDIIEF
GRIPPE MEXICAINE : DOUBLER, VOIRE DÉCUPLER LA VITESSE DE RÉACTION ! (14/08/2009)
Depuis le début de la crise A-H1N1, les infirmières et infirmiers semblent être les grands oubliés des stratégies mises en place par les autorités.
A la lecture des différents communiqués de presse de l'agence influenza on constate que le processus de réaction à la pandémie en Belgique (vaccination des personnes à risque et distribution du traitement aux malades) reposera sur les médecins généralistes et peut-être sur les pharmaciens. On envisage même la publication d'une loi spéciale pour autoriser des agents communaux et provinciaux à renforcer le système dans les 500 points de concentration du pays…
Or, dans le monde, jusqu'à ce jour, les professionnels de santé qui administrent quotidiennement le plus de vaccins et de médicaments sont… des infirmières et infirmiers ! Lors de crises sanitaires précédentes ou en cours (épidémie de rougeole, de méningite,…), le réflexe salutaire a toujours été de demander à des armées d'infirmiers et infirmières de vacciner à tour de bras et d'administrer les traitements…On se demande donc pourquoi il faudrait tout à coup changer de stratégie aujourd'hui…
L'INAMI estime que le nombre de médecins généralistes actifs en Belgique est d'environ 11 000. Le nombre d'infirmiers et infirmières exerçant à domicile est d'environ 16 000 !
Rien qu'en impliquant ces infirmiers dans la stratégie actuelle on doublerait donc la capacité de réaction de la santé de première ligne de notre pays !!
Autre argument : une consultation de médecin est facturé environ 35 euros dont 25 seront remboursés par la sécurité sociale, la visite d'une infirmière réalisant une injection sera facturée environ 6 euros dont 4 remboursés. Bien sur ces tarifs infirmiers sont indécents et dénoncés depuis longtemps par nos associations, mais en cas de pandémie il va de soi que notre profession est prête à faire les efforts nécessaires pour sauver le plus grand nombre. Sur plusieurs millions de patients potentiels une économie d'échelle est donc tout à fait envisageable.
Et si vraiment, demain, les autorités voulaient vacciner toute la population ? La Belgique compte un des plus haut taux d'infirmiers et infirmières au monde. On estime que 90 à 100 000 sont actifs dans le secteur de la santé. Sur base d'une réquisition générale telle que déjà prévue dans la législation, on pourrait demander à chaque infirmière de vacciner 100 patients dans une zone géographique proche de son domicile… en moins d'une semaine toute la population belge serait protégée !
Une dernière considération : la Belgique est le dernier pays du monde où la législation prévoit que l'infirmière ne peut administrer un vaccin que si un médecin est présent dans le bâtiment où a lieu l'injection. Un frein donc à l'injection à domicile.
Cette législation date d'une époque où les vaccins entraînaient régulièrement des réactions anaphylactiques importantes. Etant donné la fiabilité exceptionnelle des vaccins actuels cette législation n'a plus de sens. Afin de mieux rencontrer les besoins de santé publique de la population certains pays autorisent même la vaccination par l'infirmière sans nécessité d'une prescription médicale ! Dans ces pays, beaucoup plus de personnes âgées sont vaccinées contre… la grippe saisonnière.
Plutôt que de réfléchir à des lois spéciales autorisant des non professionnels de la santé à exercer pour réagir à cette crise pandémique, nous estimons donc qu'il est grand temps que les forces vives infirmières soient considérées par les autorités à leur juste valeur et à leur juste potentiel. Les infirmiers et infirmières belges veulent aider leurs concitoyens à être et rester en bonne santé.